BlacKkKlansman


Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.


BlacKkKaricature

Note : 3.5 sur 5.

Les droits civiques sont au cœur de nombreux débats dans une société qui se souhaite progressiste, mais qui piétinent encore sur des bases conformistes. La même symphonie est à l’œuvre chaque année afin de nous rappeler dans quel monde nous vivons et comment la plupart vit aux dépens de discrimination, à la fois morale et raciale. Spike Lee a vite compris les nouveaux enjeux et signe un retour bluffant et qui repose sur un discours cinématographique et médiatique. L’équilibre semble parfait, mais il reste encore quelques détails à conter lorsque l’on aborde la suprématie blanches contemporaines. Avec « Do The Right Thing », « Malcolm X », « Crooklyn » et « Inside Man » notamment, le réalisateur parsème son appel à la révolution, preuve d’une défense solide pour des individus qui partagent aujourd’hui de nombreuses valeurs avec « l’homme blanc ». Entre un mélange d’exercice de style et une belle feinte morale, la mise en scène reste des plus alléchantes, jusqu’à la dernière image, lourde de sens et stimulante en questionnements.

Le Ku Klux Klan est une organisation qui répand la haine et qui la partage au sein d’une communauté qui évolue vers un état d’esprit violent. Cette idée ne cesse d’accroître sa pertinence dans le cœur de ceux qui tutoient les mauvaises expériences et qui entretiennent un sentiment de vengeance. Ici, on préfère ne pas justifier les origines, si ce n’est depuis quand cela remonte, et il suffit de faire écho à la guerre de Sécession pour affirmer que le dénouement est synonyme de mort. Bien des États sur le territoire américain regorgent de cette haine et on retrouve cette vicieuse caricature à chaque coin de rue.

Les forces de l’ordre du Colorado ne font pas exception, c’est pourquoi un regard depuis un œil neuf, celui du premier noir en service, Ron Stallworth, permettra de débattre quant au comportement humain et le phénomène de groupe dans une société qui tend à se diviser. John David Washington y est impérial dans un rôle taillé sur un demi-ton burlesque. L’autre part est réservée à l’objectivité du récit. C’est à ses côtés que l’on guette le double jeu qu’il a improvisé et dont la participation de son collègue Flip Zimmerman annonce un buddy-movie solide et efficace. Adam Driver lui donne du corps et de l’esprit dans un élan de rigidité qui convient à un personnage qui doit pouvoir passer inaperçu dans la masse. Mais l’engagement professionnel vire à l’implication très personnelle chez Stallworth, qui use d’un ton humoristique dans sa démarche. On en vient à ridiculiser la menace du klan et on s’engouffre dans de l’espionnage qui arpente bien les phases de tension et de suspense au fur et à mesure que les relations s’intensifient.

La chronique d’une initiative à la fois démesurée et inattendue fait de « BlacKkKlansman » une œuvre théâtralement jouissive à déguster. Cependant, Lee n’est pas toujours un simple cuisinier de fast-food, il peut aussi devenir le chef étoilé qui impose un regard sur le contenu de son menu. La saveur varie ainsi en fonction des acquis de chacun et selon l’expérience que chacun possède vis-à-vis de la discrimination. Bien que les personnes de couleurs et les juifs se font subtilement malmener dans ce film, le réalisateur parvient à extrait le discours de son divertissement et à le superposer aux tragédies actuelles, comme un hommage certain aux victimes de la suprématie annoncée. Il n’y a plus que deux camps qui doivent se refléter à la suite d’un tel exposé et ni les origines, ni le genre de l’être humain devront être dissociés. La personnalité reste le seul facteur qui induit obligatoirement la mentalité, ce dont on discute fièrement dans l’espoir que l’on reconnaisse les préjugés qui alimentent la haine et les pleurs.


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