Hands of Stone


Retour sur la carrière du boxeur panaméen Roberto Duràn.


Gloire et Honneur

Note : 3 sur 5.

Partir de rien, rien à perdre. L’état d’esprit est différent selon notre aptitude à gérer notre combativité. Les conditions de vie ne sont pas favorables à tous, mais il arrive que l’opportunité vienne caresser l’espoir d’être un jour libéré de ses contraintes. Partant de ce postulat, Jonathan Jakubowicz explore les débuts d’un champion de boxe, venu de nulle part ou simplement d’un terrier peu accueillant. La boxe reste un art respecté à l’écran, si on se réfère seulement aux grandes productions qui en découlent. Mais en un sens, certains piétinent à mi-parcours entre la fiction et la réalité. La lutte est aussi bien mentale que physique, ni l’un ni l’autre ne prend l’ascendant et se partagent la conduite à avoir sur le ring.

Parlons-en du ring. Ceci peut se traduire par les limites qui nous définissent, où les cordages freinent nos pulsions afin de se concentrer sur l’unique objectif à atteindre une fois dedans. L’adversaire est venu pour la même chose, mais pas avec les mêmes bagages. Le prometteur Roberto Duràn (Édgar Ramírez) le découvrira pendant son apprentissage, où il apprendra notamment à justifier son honneur et sa raison de se battre. Le jeune Panaméen qu’il est demeure cependant perturber par un semblant de sagesse que le réalisateur tente d’apporter. Le conflit qu’il entretient avec les Américains est un nerf qui n’a pas suffisamment approfondi pour que l’on s’y intéresse. Dommage, étant donné que c’est ce qui a forgé son caractère autonome et indépendant dans les rues. L’opportunité d’en sortir a été saisie, mais ce qu’il ignore, c’est qu’il continue d’emporter son propre ring avec lui, tout en y incluant des proches qui souffriront de son entêtement.

L’exemple de la boxe comme source de renaissance est justifié. Tout l’art de ce sport est une question de respect et le respect se gagne d’abord avec le cœur. Difficile de faire l’impasse sur « Raging Bull », où De Niro avait une place de choix sur le ring. À présent, il revient avec la sagesse nécessaire pour porter un jeune combattant vers le sommet, loin de la rue, loin de la misère. Il incarne ainsi le coach Ray Arcel, Américain et la figure paternelle qui manque à Duràn. Sa performance, comme celle de son boxeur, est de qualité, mais l’on traîne beaucoup trop sur des problématiques secondaires qui ne sont pas en faveur du protégé. On expose des relations qui se dégradent, faute de non contrôle sur la gloire qui monte vite à la tête. La présence de Felicidad Iglesias (Ana de Armas) reste la plus sobre, mais cette sobriété est nécessaire, sachant que le biopic doit se concentrer sur l’état d’esprit du Panaméen. Au lieu de cela, De Niro empiète clairement sur l’espace vital de l’homme dont nous sommes venus rencontrer.

La vie nous apprend à toujours garder les poings levés et le regard fixé sur le prochain obstacle. Si Roberto Duràn peut témoigner des virages qui ont changé sa vie, nous pouvons en faire autant, tout en s’ajustant à la cible que l’on s’est donné d’atteindre. Le réalisateur Vénézuélien s’est donc appuyé sur des valeurs d’endurance, mais ce n’est pas toujours ce qui ressort de l’écran, faute d’une écriture floue dans l’ensemble. Ne sachant pas ce qui est pertinent. de raconter, il nous sert des rencontres à la même sauce, où le boxeur apprend l’humilité par ses erreurs. L’arrogance fonctionne un temps, mais ne permet pas de préserver toute la complicité qui puisse exister entre lui et son entraîneur. Il y avait un peu mieux à faire dans ce registre, alors qu’au niveau divertissement, nous sommes éblouis de bons chocs une fois les gants enfilés. À savourer avec recul et modération.


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