Les Indestructibles


Bob Paar était jadis l’un des plus grands super-héros de la planète. Tout le monde connaissait « Mr. Indestructible », le héros qui, chaque jour, sauvait des centaines de vies et combattait le mal. Mais aujourd’hui, Mr. Indestructible est un petit expert en assurances qui n’affronte plus que l’ennui et un tour de taille en constante augmentation.


Savoir redéfinir ses responsabilités

Note : 4 sur 5.

Un début de carrière discret et un talent indéniable de la mise en scène, ce n’est pas une surprise pour tout cinéphile qui se respecte et Brad Bird finit par trouver bien plus dans le cinéma d’animation. Des « Simpson » à son premier envol solo, il s’est illustré derrière la caméra avec un esprit créatif bluffant. Souvent rattaché à son passé, il transforme la nostalgie qu’il porte pour en faire une force. Il alimente ainsi ses récits avec de fortes émotions, avec ce qu’il faut en sincérité pour diffuser un message sain et universel. Il l’a démontré avec le poignant « Le Géant de Fer » et il revient à la charge d’un Pixar qui sort du lot. Entre la responsabilité familiale et sociale, Bird véhicule un discours courtois et rêveur sur le fait d’être une personne incroyable.

Les super-héros font partie intégrante d’une société dépendante. Ces derniers constituent un rempart idéaliste contre le mal qui génère des catastrophes. Leur nécessité n’est donc qu’un fantasme qui entretient l’espoir d’un avenir meilleur. Mais pourquoi ceux qui sont dotés de pouvoirs surnaturels auraient-ils le devoir d’évoluer dans ce sens ? On distingue clairement deux clans qui s’opposent : les héros et la loi. Les deux ne vont pas de pair et le réalisateur traite de cette divergence avec un recul ludique. L’héroïsme est un acte dangereux, mais constitue un devoir civique envers son prochain. Cependant, les pouvoirs apportent une certaine immunisation, un sentiment de sécurité et de contrôle sur les personnes qui nous entourent. Mais qu’en est-il de soi ? Lorsque des débordements interviennent et que les marginaux ne supportent pas d’être dépendant, des débats viennent troubler ce nouveau système.

Le réalisateur est constamment à la recherche de cette nostalgie qu’il souhaite exprimer par le biais de son œuvre. Son compositeur, Michael Giacchino, l’aide dans cette démarche, car sa partition évoque énormément de passion. La saveur James Bond résonne à travers les différents décors, que ce soit urbain, tropical ou aérien. En effet, on multiplie les déplacements, renouvellement constamment la palette graphique qui offre un meilleur visionnage. En plus d’un humour très « familial », la narration reste fluide et perceptible par tous les âges. Les hommages sont notamment présents pour rythmer et divertir, sans que cela apporte grand-chose au récit, mais peu bouderont ce schéma au premier abord.

Et lorsque l’on aborde la question de famille, on finit par décrire tous ses états, en passant de la fracture à l’unification épique. On y aborde explicitement la question de responsabilité et cela s’adresse aussi bien aux parents qu’aux enfants. Le talent est à mettre au profit de sa famille, telle le souhaite la logique. Mais la problématique est souvent déplacée jusqu’à ce que l’on se concentre sur Bob Parr, s’autoproclamant leader d’une renaissance héroïque. Il se démène ainsi pour aider sa famille, mais aussi pour sauver son passé qui a forgé son identité et sa personnalité. C’est un brutal adversaire pour ses ennemis et un père exceptionnel. Cependant, son attitude égoïste ne reflète en rien la morale de l’histoire. Il va de pair avec sa femme, Helen, où la souplesse et la sûreté la définissent parfaitement. Derrière eux, les enfants font face à leur hyperactivité ou à leur côté réservé. Ces derniers apprendront ainsi à exprimer leur détermination pour ce qui compte le plus, car ils se complètent. Aucun défi n’est insurmontable s’ils restent moralement unis.

Exit les insectes, les animaux et autres figures féeriques et animées. Les humains passent enfin au premier plan et exploitent un intelligent filon, visant à les unifier, ceci malgré leurs divergences. « Les Indestructibles » (The Incredibles) du grand Pixar est une merveille esthétique et scénaristique. La mise en scène a beau arpenté l’épique comme un souffle d’émotions incontestable, mais le véritable squelette du projet reste dans l’introspection du réalisateur vis-à-vis des super-héros, comme des marginaux qui goûtent au pouvoir. On combat donc cette monotonie qui persiste dans les perspectives d’évolution. Ceux qui peuvent apporter plus sont limités par des contraintes qui tutoient le respect et c’est sur cette frontière que le film surfe, avec succès.


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