Les Quatre Filles du docteur March (1949)


Durant la guerre de Sécession, le Dr March et ses quatre filles vont perdre leur fortune en aidant les plus pauvres qu’eux, mais sans que cela ne diminue leur bonheur.


Des Hommes et des Fans

Note : 3.5 sur 5.

Si nous nous s’attardons un moment sur la filmographie de Mervyn LeRoy, nous pouvons constater une préférence pour le drame, un genre qui rime souvent avec romanesque, car de nombreux films naissaient de la littérature. Et c’est justement le fait que ce soit le prolongement d’une pensée que ce film séduit. En passant par “Le Magicien d’Oz”, “Valse dans l’ombre” et “Ville haute, ville basse”, pour ne citer qu’eux, LeRoy amplifie les propos de l’auteur, Louisa May Alcott, qui s’est battu pour l’abolition de l’esclavage et l’émancipation des femmes. Il y a matière à rendre ce genre avant-gardiste et pour cette troisième adaptation cinéma, l’œuvre finit par trouver ses sujets, malgré la justesse hollywoodienne. Il s’agit d’un film, doté de décors les plus extravagant, brisant presque l’illusion du contexte de la Guerre de Sécession. Mais quelque chose de naïf et de puissant hante ce récit et nous le comprenons rapidement auprès de femmes, toutes aussi exceptionnelle les unes que les autres.

Issues d’inspirations autobiographique, quatre sœurs siègent dans une demeure qui respire la joie, la vie et les rêves. Le sujet ne pouvait pas mieux être servi au studio, qui ne pouvait pas prétexter un dérapage dans le concept. Et c’est notamment dans le choix du casting que le film triomphe déjà, car la plupart auront de l’avenir et du prestige. Ce qui nous permet d’identifier rapidement les personnalités qui meublent ce récit dramatique. Meg (Janet Leigh) est une aînée qui est attirée par le luxe, mais qui prend conscience de la valeur des choses et dont ce qui lui est nécessaire. La suivante, Jo (June Allyson) est une rebelle affirmée, sautant de metteuse en scène à romancière amatrice, afin d’animer ses proches et son esprit d’aventurière. Quant à Beth (Margaret O’Brien), sa passion pour la musique la rend humble, à l’image de sa gentillesse, mise à l’épreuve à l’égard de ses sœurs. Et pour la cadette, Amy (Elizabeth Taylor), c’est artiste en herbe, mais qui manque de reconnaissance et de confiance, malgré ses liens forts avec sa famille. Nous le comprenons bien, la maturité et les épreuves de la vie active viendront briser cette cohésion. Et dans cette fatalité se dresse justement Jo, la vaillante, Jo la leader, Jo l’indépendante.

Mais il serait difficile de croire en ce personnage qui semble décalé par rapport à son temps. C’est davantage un souci d’interprétation par moment qu’un véritable choix de mise en scène. Ce qui ne nuit pas pour autant au visionnage, mais cela évoque bien des revendications un peu frontales et trop démonstratives. Il existe toute de même cette beauté qui remplit Jo de bonheur à l’idée de pouvoir s’envoler de ses propres ailes, car vivre au crochet d’un homme ou des sentiments ne serait pas acceptable. Elle cherche constamment à détourner les conventions, pour ne pas dire aller à l’encontre de. Et tout tourne autour de ce rapport à la gente masculine, d’un père absent pour une mère seule au foyer, d’un professeur ou père spirituel pour la petite Beth, ou encore des “meilleurs amis”, en pensant fortement à Laurie (Peter Lawford). Le scénario est pourtant classique et le réalisateur mise sur les attentes d’un public qui ne demandait apparemment pas plus, vis-à-vis de l’œuvre de George Cukor (1933) et c’est bien dommage, connaissant le potentiel du roman qui peut être réinterprété par bien des manières et dont certains éléments n’auraient pas dû être censurés à la réalisation.

Pas de masques donc, juste la vérité et la dose de satisfaction souhaitée. Les rebondissements sont soignés, mais restent suffisamment enjolivés pour éviter l’émotion. Et c’est sans doute le gros pari de cette œuvre qui parvient à effacer la plupart de ses défauts sur un dénouement lourd de sens. On filme pourtant avec tendresse et la tragédie parvient à invoquer cette larme qui porte le poids d’une héroïne qui échoue, mais qui apprend. Le passage à l’âge adulte fait souvent débat et la lutte intérieure sert bien Jo et ses convictions. Son discours ne finit pas perdu dans le passé ou dans le regret. On le range et on le laisse bien se développer jusqu’à maturation, car les réponses ne sont pas toujours perceptibles. À cogiter. “Les Quatre Filles du Docteur March” a donc bien moins de sens ou de pertinence que le titre original qui mérite la lumière, à l’image de Jo, la substitution d’une romancière persévérante, “Little Wowen”.


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