Les Sorcières d’Akelarre


Pays basque, 1609. Six jeunes femmes sont arrêtées et accusées d’avoir participé à une cérémonie diabolique, le Sabbat. Quoi qu’elles disent, quoi qu’elles fassent, elles seront considérées comme des sorcières. Il ne leur reste plus qu’à le devenir…


Danse avec les louves

Note : 3.5 sur 5.

Il ne s’agit pas d’un mythe profondément ancré dans la culture ricaine, où la Transylvanie est constamment mise en avant dans la chasse aux sorcières. Ce fléau prend forme dans l’esprit et domine chaque territoire où le patriarcat gagne à être exécrable. Mais ce sera en terres basques que l’on suivra le procès immoral et religieux de six jeunes filles, dont on ne peut douter de leur liberté volée. Pablo Agüero, déjà connu pour son « Eva ne dort pas », concocte les recettes les plus simples, afin d’illustrer cette inévitable rage révolutionnaire, dont la gent féminine est réellement possédée. Les propos y sont forts, mais qui ne flamboient pas toujours comme nous pouvions l’espérer, à l’égard de quelques œuvres, cousines éloignées, qui sont passées par là (Suspiria, Mustang, Virgin Suicide).

Sorcellerie. C’est à prendre au mot et à la hauteur d’un maléfice qui revitalise la femme et qui n’a plus que ses paroles pour se défendre. Dans l’attente de leurs marins protecteurs, Ana (Amaia Aberasturi), ses sœurs et ses amies, se voient enchaînées mais surtout entravées d’une liberté qu’on leur ampute jalousement. L’émissaire du Pape et de l’Eglise, Rostegui (Alex Brendemühl) est pourtant en décalage avec sa mission d’éradication massive. En incarnant toute la folie masculine, il se perd dans le jeu qu’il a installé, jusqu’à lui-même devenir l’objet du Sabbat, dont il désire assister. Il sera tout de même navrant de constater que la mise en scène aura peu de chose à nous offrir, avant son dernier acte, lors d’échanges, cousus de fils blancs, mais que la radicalité des thèmes viendra atténuer cette longue agonie.

Il ne reste pas moins saisissant de se laisser porter par une chanson d’amour prohibée et dont on détourne la sonorité, à la fois pour satisfaire et effrayer les inquisiteurs. Mais au-delà des soupçons que l’on ébranle assez rapidement, un vent de sororité circule dans les coulisses de ce genre de théâtre filmé. C’est une sororité harcelée et surtout agressée dans ce même environnement, où la conquête des rêves est encore possible. En cage, il est difficile de voir plus loin que les blessures de ses voisines ou les caprices d’un homme d’église, dont la libido sexualise chaque rencontre avec les « mensonges de satan ». Une des plus belles idées réside en cette fantaisie, en cet imaginaire si implacable qu’elle devient un outil de manipulation majeure, voire un instant de répit supplémentaire. Ana et ses pairs mutent ainsi, dans un battement d’ailes, en un gigantesque brasier à en étourdir ceux qui doutent encore de leur sincérité.

D’apparence savoureuse, « Les Sorcières d’Akelarre » peine parfois à gagner en émotion dans ses instants évoquant la solitude des insoumises. Il ne reste pas moins fidèle aux sujets d’actualité que de cette lumière qui animent les pensées et les mouvements de jeunes femmes, destinées à vivre éternellement. Alors que le patriarcat balise chacun de ses jugements par ses propres peurs, qu’il sonde avec une absence de nuances, nous faisons également le constat sur les limites des doctrines d’une Église. La mixité serait l’aboutissement de toutes ses confrontations, houleuses et douloureuses, mais cela dérange encore et cela embrasera d’autres dogmes obsolètes.


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