Mandibules


Jean-Gab et Manu, deux amis simples d’esprit, trouvent une mouche géante coincée dans le coffre d’une voiture et se mettent en tête de la dresser pour gagner de l’argent avec.

Maison de fous

Note : 3 sur 5.

Après « Au Poste » et « Le Daim », Quentin Dupieux continue d’explorer les situations insolites, agrémentées d’un humour absurde qui fait de nouveau mouche. Nous l’attendions évidemment sur ces routes difformes, où ces personnages évoquent d’eux-mêmes tout le paradoxe de leur œuvre respectif. Et quand bien même, il n’est pas toujours nécessaire d’en extirper la sève thématique et les enjeux qu’engendre le méli-mélo de classes sociales, sa dernière trouvaille lui ouvrira la voie vers le succès. Peut-être sommes-nous encore en décalage avec le travail d’équilibriste de « Réalité », où le cinéaste a su marier les genres et offrir l’accessibilité à son cinéma, toujours plein de saveurs, tantôt locales, tantôt exotiques dans le paysage de l’hexagone. Et quand bien même il nous revient avec un pitch des plus simple et des plus perché, cela reste une somptueuse promesse énergétique, qui apprivoise la spontanéité d’une évasion.

Il s’agit d’une vérité qui se confirme qu’à partir d’un certain temps, celui d’une exposition aussi hasardeuse que convenu. Nous reconnaissons l’élan apaisant du décor que Dupieux filme avec un faux air d’insouciance, qui colle évidemment avec le registre des deux protagonistes, tenant davantage de la bêtise occidentale que d’un symbolisme assumé de la régression sociétale. Manu (Grégoire Ludig) retrouve Jean-Gab (David Marsais) dans l’intimité d’une voiture volée et qui abrite l’objet de tous leurs supplices et de tous leurs désirs. Il est agréablement surprenant de se laisser tenter par ce babysitting qui tourne mal ou pas comme prévu. Mais venant d’un plan déjà foireux, il y a un recul en moins à encaisser. Dommage que l’on se cantonne toutefois à offrir une progression moins naturelle à ces deux zigotos, ne sachant pas distinguer le bon du mauvais. S’oxygéner leur suffirait amplement à profiter de l’été qui s’annonce pénible et illustratif de toute la méfiance que convoque l’intrigue.

Une mouche géante devient l’animal de compagnie de fortune pour des compères qui semblent si loin de l’alchimie du Palmashow. Il a fallu des dialogues bien solides et parfois raffinés pour passer outre la lourdeur des échanges adolescents. Et toute la raison d’être des personnages réside dans ce profond décalage, comme si l’on restait bloqué à cette période charnière qui mène vers une maturité, indéniablement manqué. Cette œuvre évoque donc autant le style du cinéaste que son attrait pour les boutades musicales. Les sensations rattrapent ainsi le spectateur, dès lors que l’on s’engage dans le hors-piste d’une maison de fous. Agnès (Adèle Exarchopoulos) en est l’ambassadrice titulaire et ne perd jamais de terrain sur ses pairs à chaque intervention tonitruante. Il y a donc de quoi mettre tout le monde sur le pied d’égalité au festival de la sottise et c’est sur ces instants que le film réussit ses manœuvres les plus délicates.

Oui, le jeu en vaut la chandelle, mais peut-être qu’après avoir trop baigné dans le versant maladroit et efficace de son humour, Dupieux en néglige les contrastes. Un rapport de rationalité ou de non-sens perd de la voix et ironiquement de la crédibilité dans son registre le plus loufoque. Ce que l’on retiendra malgré toutes les épreuves, c’est bien sûr la fraternité et l’amitié qui se dégage des deux losers, qui sont finalement les autostoppeurs de cette mouche, qui les guidera hors des sentiers battus et rebattus des œuvres des frères Coen. Toujours inventif mais pas assez incisif dans ce qu’il prétend être, « Mandibules » dévale une pente à cloche-pied, sans se soucier des séquelles qu’il cultive.

Retrouvez également ma critique sur :

Catégories :Comédie, FantastiqueTags:, ,

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :