Marshall


Thurgood Marshall, un jeune avocat afro-américain, doit lutter contre l’injustice raciale dans le système de justice pénale alors qu’il défend un homme, également afro-américain, accusé d’un crime odieux.


Coexister dans les droits civiques

Note : 3 sur 5.

Peu aguicheur à ses débuts sur le grand écran, Reginald Hudlin dévoile une facette autre que la comédie. L’affaire Joseph Spell, comme bien d’autres, mettent en jeu la condamnation d’hommes de couleur. C’est avec pincette et énormément de recul que le réalisateur explore cette enquête qui vire en un mariage de genre intéressant. Entre le western et le buddy-movie, il existe un plaidoyer à exploiter. La narration occupe ainsi une part essentielle dans l’intrigue qui bouscule les fervents défenseurs des droits civiques.

Dans l’état du Connecticut, une accusation à l’encontre d’un noir résonne localement, surtout lorsque cela implique une mondaine effrayée. Une défense se dresse habilement autour de ce dernier et nous redécouvrons les vestiges de l’esclavage, à savoir une inégalité morale et éthique. Thurgood Marshall (Chadwick Boseman) vient alors de la Cour Suprême afin de soutenir devant celle qui décidera du sort de Spell. Un avocat local, Sam Friedman (Josh Gad), est présent pour l’assister et c’est alors qu’une grande collaboration va avoir lieu. La justice est impartiale sur le papier, mais ce sont les hommes qui en sont les auteurs, le rédacteurs et les modificateurs. Au sein de l’assemblée qui débat sur des faits douteux, il existe peu de place pour cette idéologie progressiste. Tous les accusant régressent dans leur manière d’aborder cette affaire, allant jusqu’à renier la vérité.

Ce que le duo combat, c’est le préjugé. Il est difficile de faire la part des choses alors qu’une ethnie porte un lourd fardeau, celui d’asservir l’homme blanc. Et à l’image du majordome que représente Spell, la peur rattrape la réalité, c’est ce qui le condamne à souffrir à la vue de tous. Ce que Marshall apporte dans le récit, c’est bien plus que de l’espoir. Si la majorité de ses affaires ont eu un bon dénouement, celle-ci présente la particularité d’être odieusement viscérale, ou du moins elle sort du lot pour sa générosité. Aussi droits que la loi et aussi curieux que des enquêteurs, les avocats se démènent afin d’arracher la vérité à un état d’esprit conservateur. Les habitants sont figés dans leur condition sociale et ils ne parviennent pas à tutoyer le recul que la défense possède.

Proche d’un poème en hommage aux droits civiques, « Marshall : La Vérité sur l’affaire Spell » entre dans un registre biographique. La parole doit être entendue par tous et doit être considérée, autrement un procès n’a pas de sens. Bien que le réalisateur renoue avec une bonne partie des faits, aussi surprenants soient-ils, il ne pose pas toujours le regard où il le faut. La mise en place d’un récit vertigineux entraîne quelques problématiques secondaires qui font office d’illustration. On passe par des actes symboliques, comme la violence et la confusion, ce qui retranscrit l’état d’esprit des personnages afin de mieux suivre leur évolution et leur point de vue dans cette affaire sensible. Et malgré les abus, les vices et la nature humaine, c’est bien évidemment l’équilibre qui libère les personnes impliquées. Et il faut parfois l’arracher aux cœurs de l’opprimé et de l’oppressé pour que l’on puisse enfin dormir la conscience tranquille.


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