Top Films 2022


Une année complète s’achève sur une belle surprise numérique, toujours avec plus d’émotions et de sensations. Cependant, je me suis senti assez seul dans les salles obscures avant ce mois de décembre, pleine de promesses.

Trouver le public a été le plus gros challenge de nos exploitants et de nos distributeurs, qui sont les ambassadeurs d’une culture qui n’est pas encore vouée à l’extinction. Il est vrai que le poids du streaming est dorénavant conséquent et plusieurs trouvailles proviennent exclusivement de ces plateformes, mais tant que le cinéma vivra en nous, il y aura toujours un spectateur, prêt à devenir le gardien de cette passion.

Avec plus de 200 films sortis et vus cette année, entre plusieurs festivals, j’en retiens une bonne poignée. Et quand bien même, je suis déjà convaincu d’avoir trouvé mon œuvre préférée de l’année 2023 (The Fabelmans de Steven Spielberg), il est temps de revenir sur une sélection richissime, qui pourra évidemment évoluer avec quelques rattrapages.


25. Au nom de Dieu

Avec ce nouveau long-métrage, Tarik Saleh reste obsédé par ses racines égyptiennes et continue de vouloir confronter la réalité divine à celles des hommes au pouvoir. N’ayant pas d’autres choix que de délocaliser son tournage en Turquie, il joue néanmoins la carte de la transparence, lorsqu’il s’agit de capter l’Université Al-Azhar, berceau du sunnisme de l’Islam, courant religieux prédominant et basé au Caire. Le commentaire religieux qui en découle est finalement de nature politique, où l’on ne verra plus que des hommes, se livrer à une guerre fratricide, dans l’unique but de préserver les fondements de leur institution.

Tous ceux qui viennent se greffer à l’aventure demeurent des archétypes, pas toujours introduits dans la nuance, mais « La Conspiration du Caire » (Boy From Heaven) aura le mérite d’être clair sur ce qu’il souhaite dénoncer et ce qu’il est en droit d’espérer pour la prospérité des croyances musulmanes. Le point de vue très démonstratif du cinéaste peut toutefois saborder quelques situations de tension, mais c’est lorsqu’il revient dans l’intimité de ses personnages, que les mots et la foi deviennent habilement les nouvelles armes de la paix sociale.
Vu au cinéma
24. L’Enfant du temps

On n’arrête plus les adaptations du célèbre personnage en bois de Carlo Collodi. Et si c’est la catastrophe dans les relectures de Disney, ce conte est toujours mieux servi du côté italien (Matteo Garrone), à l’exception de la vision moderne de Spielberg (A.I. Intelligence artificielle). Guillermo Del Toro signe alors son « Pinocchio » avec beaucoup de personnalités. Il s’agit d’une histoire d’amour entre le créateur et sa créature, qui dégage tout son potentiel émotionnel et nostalgique dans son étude du deuil, de la guerre, le fascisme et de l’enfance, comme la fin de l’innocence. Le portrait du véritable petit garçon se trouve alors bonifié par une animation taillée pour le voyage initiatique et par une partition élégante d’Alexandre Desplat. En cette fin d’année, le cinéaste, et auteur, s’affirme comme l’un des plus consistants de son époque, qui saura autant rassembler les enfants et les cheveux gris devant l’écran.

Ainsi, Del Toro signe de sa main, à même le bois de son personnage, cette magnifique représente de l’innocence et de la bienveillance de ceux qui sont prêts à tout abandonner en échange d’un temps précieux. C’est de ce côté-là là que le cinéaste nous surprendra toujours et il en remet une couche, en faisant parler ses 14 années de gestation pour un projet qui a la corde sensible et une identité personnelle.
Vu au festival Lumière
23. L’enfant du futur

Dans le sillon des polars transgressifs, James Gray a fait du chemin depuis son fabuleux « Little Odessa ». Et comme de nombreux cinéastes, il parvient à injecter de sa personne et de son histoire dans ce qu’il touche, ce qu’il transforme, ce qu’il transcende. Arrivé à un point culminant de sa carrière, les questions introspectives le préoccupent et quoi de mieux que de le partager sur le grand écran. Après les sensationnels « The Lost City of Z » et « Ad Astra », le cinéaste du Queens revient sur ses terres de son enfance, pour y retrouver le foyer de ses souvenirs, tout comme ses méandres, au sein de sa famille ou sur les bancs d’école.

« Armageddon Time » conte avec justesse, cette naïveté de l’adolescence comme un acte de rébellion et c’est tout simplement bouleversant. Gray n’oublie pas pour autant son rapport difficile qu’il a avec la paternité, souvent distant et brutal avec ce dernier, mais qui justifie également ce courage qu’il a eu pour s’élever au-dessus des préjugés, de l’autorité et des lois. Ses derniers films ont souvent capitalisé sur cette recherche de l’improbable. Avec cette œuvre des plus personnelles, il arrive à ses fins, avec un recul et une intelligence qu’il est nécessaire de souligner.
Vu au festival Lumière
22. Ardent et glaçant

Léa Mysius nous a laissé un souvenir impérissable d’Ava sur la Croisette, avant de revenir avec un récit fantastique qui navigue constamment entre deux pôles. Toujours dans un esprit intimiste et plein de tendresses, elle passe de la vue à l’odorat, qui au lieu de s’éteindre, s’amplifie au profit d’une narration qui prend un bain glacé. Une fine couche graisseuse sépare ainsi le chaud du froid et c’est sur la base de cet élément odorant que l’intrigue convoquera la perspicacité du spectateur. Il n’y a pas de révélations capitales dans le scénario, co-écrit par Paul Guilhaume, où l’on préférera investir l’enquête d’une petite fille, dont l’existence est questionnée par les relations de ses parents et de leur entourage.

Vicky entretient une relation fusionnelle avec sa mère Joanne, en l’accompagnant partout, car elle n’est pas prête à perdre sa trace, elle dont l’odorat deviendra l’outil et la passerelle la plus élaborée, afin d’explorer les secrets de sa famille, à une époque où l’amour fraternel et celui de la passion foudroyante avaientt rassemblé « Les Cinq Diables » sous la même bannière.
Vu au festival de Cannes
21. Recadrés

Stéphane Brizé est capable de mettre à nu certaines vérités, que le temps finit par déchirer (Quelques heures de printemps, Une Vie), mais il est également capable de laisser le chaos du quotidien raisonner de lui-même. Dans la lancée de « La loi du marché » et « En guerre », il porte de nouveau Vincent Lindon dans une spirale administratives, où plus rien ne compte que les valeurs d’une entreprise, en quête de chiffres et d’un monopole écrasant. Pourtant, la nature humaine a toujours une place primordiale dans ce plaidoyer ludique et qui réclame la tension dans chacun de ses plans, qu’ils soient significatifs ou simplement démonstratifs.

La roue tourne dans « Un autre monde », mais pas dans le même sens selon les individus, où les cadres courent constamment sur un tapis roulant. Et quand bien même on puisse encore tenir sur ses pattes, ils ne font que stagner, qu’exploiter l’horizontalité de leur champ juridique et patronal. Le récit parcourt toute cette frustration, qui arrive jusqu’à une dirigeante, tantôt distinguée, tantôt démoniaque, campée par une étonnante Marie Drucker. Finalement, nous retiendrons que l’étroite collaboration avec ses pairs ne tient qu’à un fil, qu’il s’agit de bien tirer ou de relâcher au bon moment.
Vu au cinéma
20. Souvenirs d’une amitié

Sous l’impulsion et l’héritage qu’entretient Anne Goscinny, les animateurs Amandine Fredon et Benjamin Massoubre visent la consécration d’une grande œuvre de la littérature jeunesse, à la force de vignettes et de planches, aussi vivantes et immortelles que jamais. Nous pourrions aussi bien nous attarder sur les débuts florissants d’Astérix, Lucky Luke ou Iznogoud, sachant la présence de René Goscinny comme personnage, mais c’est justement dans une tout autre intimité et une magnifique amitié que l’on se surprend à (re)découvrir un héros pour tous et un réceptacle pour ses auteurs. Ce film revient donc sur la naissance d’un projet ordinaire, mais qui va rapidement trouver de l’écho aux yeux des lecteurs, notamment grâce au travail d’illustration de Jean-Jacques Sempé. Les deux hommes font ainsi évoluer en tandem, tout en pensant les divers maux de leur enfance, souvent difficile à appréhender ou à en faire le deuil.

De la page blanche au charme universel, porté par l’énergie absolue d’un avatar créé à deux, « Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? » nous interroge sur ce temps, laissé derrière nous, pour estimer ô combien il peut en rester énormément devant. Son triomphe depuis les festivals de Cannes-Annecy n’est pas démérité, car cette ode à la création reste autant inspirante qu’émouvante, en témoigne une fraternité omniprésente sur le papier et sur le même l’écran qui le projette.
Vu au cinéma
19. Le saint tribut

Si le cinéma permet toujours d’appuyer là où ça fait mal dans son positionnement politique, le dernier film d’Ali Abbasi suscite encore plus d’intérêt, à l’heure où le portrait de l’Iran continue son exil sur le grand écran. Il n’est plus étonnant de voir autant de sujets se multiplier à l’égard de femmes, victimes et soumises au patriarcat d’un pays qui en a fait un de ses piliers. La religion et la culture se confondent ainsi, au croisement d’une misogynie embarrassante. Rappelons que le cinéaste danois est d’origine iranienne et que son cinéma évoque les racines perdues au cours du temps. Le lien de parenté est devenu imposant dans ses récits, notamment lorsqu’il a commencé avec « Shelley » et prolongé l’effroi dans un thriller fantastique avec un « Border » triomphant à Un Certain Regard. On le soupçonnait déjà de sonder la nature humaine à travers des personnages qui se faufile dans la masse. Il revient ainsi avec une intrigue toute aussi cohérente, où la mise en scène du thriller gagnera en puissance.

« Holy Spider » (Les Nuits de Mashhad) n’est sans doute pas la plus prenante de ses œuvres, mais son efficacité n’est pas à bouder. Les quelques plans qui témoignent de l’immensité de la ville sainte nous ramène à l’inéluctable et une détresse évidente, laissant ainsi le spectateur désarmé et impuissant face à une haine qu’il redoute également. Un film coup de poing qui rappelle tous les combats menés dans l’Orient, où le voile ne masque pas assez le désespoir de mères, d’épouses et de femmes qui se soumettent au patriarcat sous toutes ses formes, afin de prolonger leur espérance de vie. Nous sommes ainsi sollicités à discerner la justice de la lâcheté, alors que l’ensemble tend vers un nihilisme absolu, où cette violence semble être un héritage acquis depuis très longtemps.
Vu au festival de Cannes
18. Lightning show

Ce que la majorité des super-héros américains n’ont plus, c’est ce que l’italien Gabriele Mainetti (On l’appelle Jeeg Robot) récupère pour en faire un mélange détonant et particulièrement rafraîchissant. Avec Nicola Guaglianone au scénario, le cinéaste ne cache pas son envie de grandiose et il faudra peu de temps pour s’en rendre compte et lui donner toutes ses chances dans une aventure maline et parfois crues. On pourrait alors penser à « The Suicide Squad » de Gunn, à raison, mais ici, on préférera rebondir sur la sensibilité typiquement italienne, afin de révéler et de justifier la monstruosité, elle-même au service d’une réflexion intime et historique. L’Italie se tourne vers les heures sombres de l’occupation nazi, à Rome, nœud des rencontres et séparations improbables. C’est dans ce contexte que les héros évoluent, avec panache et dans la naïveté qui les contraignent à user de leur pouvoir pour la survie de tous.

Du « Freaks » de Tod Browning au « Inglourious Basterds » décérébré de Tarantino, en passant par la case esthétique de Guillermo Del Toro, bien entendu, Mainetti fait de son « Freaks Out » un sanctuaire précieux pour le cinéma européen, qui peut également rêver et aspirer à son propre folklore, loin de l’influence aseptisé des studios hollywoodiens et de leurs héros inoffensifs. La surprise est assez grande pour qu’on en souligne la grâce et l’orfèvrerie, qui ne demandent qu’à briller aussi longtemps que possible.
Vu au cinéma
17. Picassoland

À l’instar de « Coupez » de Michel Hazanavicius, le duo de cinéastes Lise Akoka et Romane Gueret nous promène dans un autre type de galère. À Boulogne-sur-Mer, des enfants turbulents vont se libérer grâce au cinéma. Pourtant, la note d’intention au 7ème Art est loin d’être aussi pure et magique qu’il n’y paraît. Le fait de nous immerger dans l’envers du décor admettra des fissures qu’il convient de comprendre, afin d’évaluer la portée de ce récit, rempli de cœur et de passion. L’élaboration d’une fiction, et plus précisément d’un drame social dans ce cas, constitue avant tout un choc des cultures ou encore des générations, qui apprennent à se redécouvrir à travers les yeux d’autrui.

On y fait la belle part aux rôles secondaires, les assistants, régisseurs et autres techniciens, qui accompagnent les comédiens jusqu’au bout du projet. « Les Pires » évoque ce en quoi le cinéma exige, par son cadrage et toutes sortes d’artifices émotionnelles, afin que son sujet puisse vivre. Mais au-delà de cette formalité, une poésie règne dans son contre-champ. Ce premier long-métrage est habile par sa direction d’acteurs et son atmosphère à la frontière du documentaire. Il existe alors un espace où l’intimité peut entrer en scène, mais il s’agira de mesurer toutes les limites à travers le regard d’une jeunesse, pleine d’espoirs et de promesses.
Vu au festival de Cannes
16. L’agence tous risques

Si le concept barré et pourtant plaisant de « Swiss Army Man » nous a revitalisé, la dernière œuvre de Dan Kwan et Daniel Scheinert souhaite embrasser ce même élan loufoque. Il n’y aura pas de cadavre en vedette cette fois-ci, mais le contraste de plusieurs vies et de plusieurs egos suffira à préserver ce cadre, qui ne demande qu’à être secoué. Une famille est à la ramasse et agonise dans une journée qui fera un cocktail explosif de qualité, pour ces cinéastes qui ne rêvent pas de la fainéantise du MCU pour explorer leur propre chaos cinéphilique, quitte à en mettre trop. Tout cela servira un récit qui se charge et qui se décharge en permanence en humour, parfois de mauvais goût, mais au fond, il n’y aura que le spectateur pour en juger.

« Everything Everywhere All at Once » en appelle à la culture de ses héros, afin qu’ils enfilent des avatars pour mieux se défendre, dans l’excès et à outrance. C’est une démarche qui peut rapidement en gonfler plus d’un et à juste titre, mais si on accepte de se faire balader de la sorte, il est bien possible de frôler la fascination d’une étrange formule qui gagne à être spectaculaire. Une lutte intergénérationnelle se dessine ainsi, où la poésie viendra s’insérer avec un certain réconfort au milieu de toute cette démonstration de forme. C’est le geste qui compte, de même que l’effort. Les cinéastes misent sur cet équilibre fragile, qu’ils mettent aux mains du public, qu’il soit venu chercher un peu d’adrénaline ou non. Dans tous les cas, le dénouement viendra le requinquer.
Vu au festival des Champs-Elysées
15. Sommeil brisé

Après sa trilogie de la vengeance, « Thirst, ceci est mon sang », « Stoker » et la sublime « Mademoiselle », Park Chan-Wook retrouve la Croisette avec un récit particulièrement bien fouillé. Si le « Vertigo » d’Hitchcock résonne dans les couloirs, ce sont globalement les films noirs qui sont les piliers de la narration. Le visuel va ensuite brasser tout un tas d’idées pour composer un cadre, souvent en mouvement et souvent vertigineux, comme pour nous hypnotiser à l’usure. Un arrière-goût d’Otto Preminger se dégage alors de l’exercice de style, purement technique, où la mise en scène devient l’outil de compréhension pour le spectateur et de délivrance pour les personnages, mutilés par leurs désirs et une profonde mélancolie.

« Decision to leave » est définitivement une œuvre qui surligne les genres et construit son atmosphère sur les nuances. Le cinéaste coréen vient donc sonder l’âme de ces deux êtres magnétiques, qui s’attire rarement au même moment et se repousse pour la satisfaction de se retrouver un peu plus loin sur la pente qu’ils dévalent ensemble. La touche de modernité revitalise ainsi chaque nouvelle interaction, partant d’un interrogatoire et qui finit en un dîner aux chandelles.
Vu au festival de Cannes
14. Caprice et Consécration

Il serait vain de penser que cette partie pourrait s’autosuffire, contrairement au premier chapitre. C’est bien un film dans le film que Joanna Hogg nous promet, dans un dénouement où il ne reste plus que le cinéma pour épouser le deuil et le surmonter. Enchainer les deux volets est donc nécessaire, sur le fil ou à quelques jours d’intervalle, afin de récupérer la tension et la tragédie là où nous l’avions quitté. Mais l’étau se resserre également du côté de ce fameux film de fin d’étude, qui validera ou non les fractures narratives du premier film, car cette conclusion correspond bien au nœud scénaristique qui mêlera tous les hommages et toutes les pensées aux genres qui ont inspiré la réalisatrice. Celle-ci, qui a d’ailleurs brillé avec son court-métrage « Caprice », viendra non seulement feuiller les pages du scénario de Julie, mais également l’enrober du dressing en satin de ce projet qui a vu naître Tilda Swinton à l’écran.

« The Souvenir – Part II » embrase tout sur son passage, mais avec suffisamment de subtilités pour que le spectateur se laisse librement dériver avec une héroïne, une autrice galvanisante, qui hausse la voix pour les femmes muettes dans une entreprise de rêverie. Elle s’émancipe ainsi de tout le mal qu’elle couve, de tout l’argent qu’elle a emprunté, de tout cet amour qu’elle a gaspillé, mais dans le but de tout réinjecter dans un geste honorable et ambitieux. Julie renaît de ses cendres et le flambeau de Joanna Hogg vers sa jeunesse gagne à être découverte et redécouverte, tout comme sa filmographie, à commencer par ce double commentaire sur sa vie et son sens onirique du portrait féminin.
Vu au cinéma
13. Apnée en captivité

C’est depuis une poignée d’îles paradisiaques croates qu’Antoneta Alamat Kusijanovic entreprend son premier long-métrage. Pourtant, la cinéaste est loin de son premier coup d’essai et a déjà prouvé une acuité visuelle impressionnante dans précédent court, « Into The Blue », celle d’une douleur qui se disperse et qui se noie dans les eaux ténébreuses. Ce qu’elle a ramené à la Quinzaine des Réalisateurs et ailleurs est une nouvelle révélation, une nouvelle déclinaison des émotions qui s’éveillent, justement lors de l’adolescence. Si le schéma narratif peut sembler pompeux, il ne reste pas moins efficace, pertinent et nuancé dans des moments de tension et de grâce. Cela permet également d’offrir à son actrice vedette des plans subaquatiques merveilleux et servant une mise en scène, teintée d’une dramaturgie des plus saisissantes.

Ainsi, « Murina » tient une leçon de détermination, dans la veine d’un thriller et à travers l’œil avisée de la réalisatrice croate et son cadre, qui ne lâche pas son héroïne, constamment emprisonnée par ses proches ou un relief rocailleux. Elle retient son souffle jusqu’au bout d’un voyage claustrophobique, mais qui a le mérite de ne pas lâcher prise, malgré les provocations et malgré l’agressivité de son environnement. C’est hors de l’eau qu’elle étouffe et se noie, et c’est lorsqu’elle fait corps avec la mer qu’elle se permet de se dépasser un peu plus, jusqu’à repousser encore un peu plus loin l’horizon qui la confinait autrefois dans une routine et un silence éternel.
Vu au festival Plurielles
12. Douter, c’est se tromper

Il nous avait déjà convaincu avec « Seules les bêtes », Dominik Moll, à qui l’on doit également « Harry, un ami qui vous veut du bien », ne renonce pas dans sa quête des disparus. S’il s’éloigne du cadre enneigé et hivernale du Causse Méjean, il reste pourtant proche de ces plateaux qui surplombent des hommes et des femmes, qui se trompent dans leur petit monde. En relocalisant son récit sur Grenoble, il se rapproche l’atmosphère souhaitée, proche du rapport de police sordide qui l’a inspiré et qui a été reporté par l’écrivaine Pauline Guena, durant une année à la Police Judiciaire de Versailles. Ce polar ne viendra donc pas déjouer nos attentes autour du scénario, car l’affaire n’est toujours pas résolue. C’est bien autour de l’équipe d’enquêteurs qu’on se plonge, au gré de leurs doutes et de leurs pulsions, humaines après tout.

Revenir sur les lieux d’un crime, c’est donc douter de nos convictions. Dans une affaire qui ne peut aboutir à une conclusion réconfortante, « La Nuit du 12 » soulève bien des conflits internes des hommes et de leur virilité, dans ce monde qui semble leur appartenir et qui les plonge dans la même obscurité de Clara, brûlée par vengeance ? Par simple malveillance ? La complexité du crime est de nature psychologique, qu’on prend un malin plaisir à tordre, à l’image de la violence, que l’on peut assumer, banaliser ou encore redouter. Tout est servi dans le même panier et dans un sens du détail qui convainc, en laissant les clichés derrière soi, jusqu’à ce que la fascination se confonde avec l’obsession.
Vu au cinéma
11. Capturer le mouvement

C’est souvent à contrepied qu’on attend à présent chaque œuvre de Jordan Peele, qui mêle son exploration d’auteur au film de genre, dont le goût pour l’horreur vient habilement saisir son audience devant un commentaire social. Après le fabuleux succès de « Get Out », de l’home-invasion « Us », ce dernier n’a pas hésité à rapporter des fragments fantastiques dans la série « Lovecraft Country » ou encore dans une reprise de la « Twilight Zone ». Il est dans un entre-deux monde permanent, où il est capable de s’affranchir des codes hollywoodiens, ou de les détourner, afin que le frisson règne dans un bain de réflexion. La démarche est bienvenue et il tente de réitérer l’exploit dans un cadre encore plus complexe, au détour d’un discours méta sur les ambitions du divertissement.

Mais avant que l’on ne desserre l’étau dramatique dans un climax à ciel ouvert, c’est dans les caricatures du genre que l’on se plonge, dans le seul but de nous conduire au meilleur panorama possible. Il questionnera ses personnages sur le prix à payer et le spectateur par la même occasion, qui devra choisir où poser son regard, afin de ne pas manquer les vertus de « Nope ». Alors que Peele attire malicieusement le regard du spectateur vers le ciel, il sollicite la réflexion de ce dernier dans les coulisses de ce qui ne se voit pas. Il nous pousse ainsi à interpréter les signaux, coûte que coûte, quitte à en perdre quelques-uns au passage, car le but du jeu est bien évidemment de se démarquer la production automatisée d’un Hollywood, qui règne sur des échecs et des sacrifices que les héros du film ne sont pas forcément prêts à assumer.
Vu au cinéma
10. In-fusion

Une première cannoise réussite est une première qui ose tout et qui mesure tout par son propos et sa forme qui l’enrobe. Le second long de Kogonada coche toutes ces cases, avec un bonus certain à sa mise en scène soignée et en accord parfait avec son ambiance à la fois relaxante, ténébreuse et dynamique. De cette manière, il concilie plusieurs genres, sans qu’ils ne se fassent obstacle, sans qu’ils ne se dénaturent les uns des autres. C’est un paradis perdu, au cœur d’une « réalité virtuelle » qui nous interpelle, car nous y sommes déjà plongés. Le numérique est partout et les données prennent bien des formes inattendues. Mais comment ce genre d’information nous connecte les uns aux autres et comment peut-on y percevoir notre culture, nos origines et nos sentiments, constamment assistés par la présence d’une technologie omniprésente ? L’œuvre y répond avec grâce et sagesse.

Ainsi, c’est dans la fraîcheur et une originalité à mordre une grosse part de réflexions, sur la base de données sentimentales, que « After Yang » transpire de passion de bout en bout et ne laisse aux protagonistes que l’espoir et la mélancolie pour se délivrer. Ce curieux mélange lyrique et savoureux accepte ainsi sa part de condition humaine, finalement affectée par l’entité numérique, qu’elle chérit, qu’elle partage et qui rend souvent service et soulagement à ceux qui comprennent le point de vue de l’émancipation.
Vu au festival de Cannes
9. Les idiots du village

À présent fort de quatre long-métrages, Martin McDonagh nous ferait presque oublier son mauvais dérapage sur les « 7 Psychopathes ». L’oscarisé de « Three Billboards » revient sur la face cachée de son « Bons Baisers de Bruges », avec ses comédiens de tête et une amitié disloquée. Mais plus intéressant encore, il nous emmène dans son pays natal, à l’apogée d’une guerre civile qui divise l’Irlande en deux. Son récit vise alors à convoquer cette conscience endormie chez certains habitants, vivants reclus sur leur île et tournant en rond toute la journée, avant de se retrouver au seul pub des environs. Cette monotonie ne durera pas tant que cela, suite à une déclaration radicale d’un personnage, sont la volonté est discutée, contestée et redoutée.

La diction des autochtones et le ton du récit ont rapidement basculé vers l’assurance pour l’un et vers la tragédie pour l’autre. « Les Banshees d’Inisherin » (The Banshees of Inisherin) nous dévoile ainsi la fragilité de ces relations, qui adoptent l’absurde dans la bonne humeur, avant de la renvoyer au visage d’un spectateur investi. Finalement, on en ressort autant bouleversé que terrifié par cette idée de mort, qui guette ce petit monde, où l’horizon parait bien trop imposant pour pouvoir l’atteindre et enfin pouvoir renoncer à toute cette haine, qui a pris le temps de germer et d’exploser, aux yeux de ceux qu’on a tant aimé et de ceux qu’on aimerait tant quitter.
Vu au cinéma
8. La mémoire sélective

Ryūsuke Hamaguchi est inarrêtable et il le prouve avec une force de persuasion dont il a le secret. Après « Senses » et « Asako », il triomphe avec un sublime « Drive My Car », qui possède tout l’aura des contes qu’il a terminé de mettre en boîte en période de pandémie. En revenant avec trois récits, portés par des figures féminines complexes, on retrouve cette précieuse frénésie qui captive et fascine, alors même que la caméra se tient là, immobile, comme le spectre d’un spectateur. Et c’est dans cette même logique de son cinéma nous attire, à la croisée des fantasmes et des coïncidences. Les trois parcours suivent pourtant la même trajectoire et le même élan, poussant les personnages dans leurs contradictions et à affronter leurs sentiments.

C’est ainsi que les « Contes du hasard et autres fantaisies » d’Hamaguchi scintillent dans le même mouvement, où le champ-contrechamp figure dans le même plan. Il ne reste qu’à restituer l’amour d’un personnage à un autre, le plus souvent en face de lui, sinon derrière un prétexte qui convoque la mémoire sélective. Certains reviennent en arrière et d’autres ne parviennent pas à descendre du bus, alors que ce qui compte finalement, c’est de reprendre sa route, quitte à prendre un petit détour dans le jardin de l’enfance. Un pas après l’autre, c’est le miroir d’une âme et de l’humanité qui se dessine. Tout ce que le cinéaste fait, c’est de rétrécir son monde pour en exploiter toute la fibre du merveilleux, et cela suffit amplement à bouleverser.
Vu au cinéma
7. Eye Contact

L’un des fer-de-lance polonais a gagné en visibilité sur la croisette cette année. Outre Roman Polanski et Andrzej Wajda, Jerzy Skolimowski est un cinéaste qui n’hésite pas à suralimenter l’expérience de visionnage, afin de fluidifier sa narration, quitte à perdre une partie de son public. Il nous revient avec un objet purement sensoriel dans une sélection cannoise qui a déjà goûté à la palme. Pourtant, l’ambition de ce dernier n’est pas aussi luxuriante, elle se révèle même modeste, au prix de mille détours émotionnels. En misant sur le point de vue innocent d’un animal mélancolique, il brosse le portrait contemporain d’une nation à la fois sauvage, vivante et sans concession. Le visage du monde peut également se lire dans un coin, où certaines tendances sociales ne sont que les conséquences des mesures éthiques et capitalistes.

Ce sont dans ces moments précis, qu’« Eo » explore toutes les nuances entre le rêve et la cauchemar. La bande-originale sera également là pour nous rappeler cet inconnu qui s’empare de chacun de ses pas et de l’écran, un son qui agît comme une piqûre, là où on ne l’attend pas et qui est plaisant de recevoir. L’ignorance est la valeur la mieux entretenue par l’Homme, tout comme ses diverses formes de violences. Le verbe est donc économisé et l’image parle d’elle-même. C’est ce sur quoi le film prend son envol et c’est ce sur quoi l’âne et sa protectrice se séparent, au prix de larmes que le spectateur est en droit de partager.
Vu au festival de Cannes
6. L’odyssée de la tentation

Après un bref détour à la maison Disney (Peter et Elliott le dragon), et surtout après nous avoir submergé de mélancolie, à goût de tarte et de larmes avec son « A Ghost Story », David Lowery s’embarque sans une odyssée, proche de l’errance de ses précédents sujets d’étude. Le cinéaste apporte ainsi une nouvelle variation d’un des poèmes de Pearl Poet, « Sire Gauvain et le Chevalier vert », où la légende Arthurienne prend l’apparence d’une aventure dans la psyché d’un héros, qui ne semble pas encore à l’aise au bord de la table ronde. Mieux que ça, on étudie, avec pratiquement la même distance que le fantôme de Casey Affleck, la malédiction qui le touche et qui le condamne à s’élever, afin de résoudre sa destinée.

Notons toutefois que le réalisateur s’amuse à plonger certaines figures dans l’anonymat et que seuls les admirateurs des vers d’origine auront pied, dans l’identification des tous les personnages. Pourtant, c’est avec une grande sagesse et une charge émotionnelle que Lowery renvoie avec une double intensité sur son dénouement, que « The Green Knight » s’arrache une folle ambiguïté et une magnifique leçon de courage. Il serait futile de pomper l’allégresse d’un poème sans en retenir l’expérience du voyage. Et c’est ce que le réalisateur privilégie, au détriment de l’histoire et de noms qu’il efface, pour que l’on entre en symbiose avec un espoir de triomphe pour la nature humaine.
Vu sur Prime Video
5. Brisés pour briser

Très souvent indissociable de Joachim Trier (Julie (en 12 chapitres), Thelma, Oslo, 31 août), le scénariste Eskil Vogt semble mieux se tenir derrière la caméra, depuis son « Blind ». De Cannes à Gérardmer, sa dernière œuvre fascine autant qu’il glace le sang. C’est un rendez-vous au détour d’un mélange de genres que le cinéaste norvégien nous propose, où le microcosme de la cour de récréation cohabite subtilement avec celle des adultes. Mais ne nous y trompons pas, ce seront bien les enfants qui seront au commandement et c’est peu dire. Ces âmes « innocentes » n’est qu’une enveloppe factice en réalité, rapprochant cette observation aux super-héros des studios Hollywoodiens, mais en ne choisissant pas la voie pratique. Les costumes moulants et autres abus d’effets spéciaux superposés au placard, vive les vacances d’été.

La mise en scène joue sur ces angles morts, dans l’ombre des ténèbres et sous la lumière d’une journée estivale scandinave. Vogt tient son pari sensoriel, peut-être un peu trop juste dans son dernier film. Mais avec « The Innocents », il laisse à peine planer le doute sur le malaise et la terreur, qu’il emploie avec autant de force qu’une pichenette. Ce qui compte dans ces jeux d’enfants, c’est cette part de liberté qu’on leur laisse, qu’ils soient aptes ou non à confronter leur conflit par eux-mêmes. Le réalisateur signe ainsi un récit teinté d’une sororité qui gagne à se réconcilier avec ces forces qui les surclasses, leurs pouvoirs bien sûr, mais également tout ce qu’il y a de plus inéluctable, comme des maladies et des peurs, à l’instant où ils commenceront enfin à sortir de ce cercle de violence.
Vu au cinéma
4. Into the blue

En bouleversant les technologies cinématographiques avec « Avatar », James Cameron ne renonce pas à lâcher l’affaire sur la vie qu’il a insufflée à Pandora et à ses personnages. Le réalisateur de « Titanic » et « Abyss » réunit ainsi tous les artefacts qui l’ont poussé à explorer les vertus de l’eau, à la fois comme une nature impitoyable et à la fois comme une entité salvatrice. Tout le reste repose sur le spectateur, qui aura eu treize ans pour en digérer les merveilles, mais la mécanique hollywoodienne aura presque noyer sa reprise, car il s’agit ni plus ni moins du temps nécessaire afin de repousser les limites artistiques qu’il avait préalablement établi. La science-fiction continue ainsi d’alimenter l’imaginaire du cinéaste canadien et donne à l’occasion aux studios 20th Century de revendiquer une identité, que la firme aux grandes oreilles n’est pas près d’assimiler.

Sans tomber dans le piège classique des suites, qui confondent souvent le changement de décor et le renouvellement des enjeux, « Avatar : La Voie de l’eau » (The Way of Water) capitalise sur les valeurs d’une unité familiale, avec ses failles et un apprentissage commun. Cameron le fait en accompagnant le spectateur de son siège à Pandora, dont les richesses et les fléaux continuent de dévoiler leurs subtilités et leur lot de frissons. Désormais, le public trouvera son Avatar dans l’intimité de la famille de Jake, convaincue de sa force et de son esprit d’aventure. On viendra intelligemment nous bouleverser dans un discours limpide et qui possède plus d’une raison de nous retenir plus longtemps en apnée sur Pandora.
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3. Sunset Paradise

L’événement de ce début d’année nous rassemble du côté de chez Paul Thomas Anderson (Boogie Nights, Magnolia, There Will Be Blood) et sa banlieue natale de Los Angeles, encore. Pas question de l’attendre dans un vertige froid, mais dont la précision aura porté la fin de carrière de Daniel Day-Lewis dans « Phantom Thread ». Ce qui pourrait succéder au conte fantasque de Tatantino à Hollywood tient avant tout d’une anecdote et d’un souvenir. La démarche de la narration suivra ce concept naïf, mais qui laisse une grande liberté au cinéaste, qui n’aura plus qu’à faire graviter ses personnages autour d’une spirale relationnelle et sociétale, dont il a déjà prouvé la pertinence et les limites. Cette fois-ci, il confronte deux aimants, qui n’héritent pas de la meilleure polarité. Et lorsqu’on les rapproche suffisamment, une étrange sensation de magnétisme s’installe, comme s’il fallait isoler les mauvaises ondes, pour ne laisser que la fièvre de l’adolescence s’exprimer d’elle-même.

La balade de Paul Thomas Anderson est sans doute à contre-courant de ce qu’il a accompli, mais il revigore un peu plus ce genre de récit, qui serait rapidement tombé dans l’oubli dans les mains de quelqu’un d’autre. L’adolescence est une quête intérieure avant tout, qui passe de la rêverie à la désillusion, puis de la confrontation à la réconciliation et c’est ce que nous raconte le Californien, allongé sur son matelas à eau. En misant sur son entourage et des visages familiers, « Licorice Pizza » rappelle le « Roma » de Cuarón, avec une fibre surréaliste, propulsant Gary et Alana dans un décor qui reflète le même testament des années 70, dans un geste personnel.
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2. Main verte, main basse

Attendu comme une poignée de brebis qu’on aura tranquillement gardé au chaud, le dernier Rodrigo Sorogoyen monte en puissance, tout en passant par Cannes Première. Accompagné d’Isabel Peña, le cinéaste espagnol ne démérite en rien sa présence sur grand écran et prouve de nouveau qu’il maîtrise sa caméra comme il le souhaite, en captant ainsi le quotidien de fermiers français, expatriés dans la campagne profonde de Galice. Il ne faut pas chercher très loin, pour déjà affirmer une galerie thématique qui se rejoint discrètement dans la violence du système, mais avant tout des relations humaines, chez soi ou sur son lieu de travail (Que Dios Nos Perdone, El Reino, Madre et Stockholm pour Netflix). Ici, nous aurons les deux, car la rivalité est une question de proximité, que le réalisateur entretient finement grâce à la direction de ses comédiens, qui dégagent avec panache cet affolement que le spectateur est amené à partager, tout le long de l’intrigue.

« As Bestas » nous plonge dans une marinade psychologique d’une grande vivacité, synthétisant la rectitude du cinéma de Sorogoyen. Le déni et le harcèlement communiquent dans un non-dit précieux. Les mots sont ainsi économisés dans les deux langues et les ellipses ne nous perdent jamais dans le conflit oppressant du voisinage. La sensation d’un grand amour alimente également la tristesse qui retombe sur le couple, qui chute avec fracas et sans espoir de lutter contre les moulins géants à la Don Quichotte. Ce western contemporain catalyse ainsi toute la fureur de voisins, condamnés à s’enraciner dans un fantasme éphémère.
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1. Des songes et des vices

Il n’a fallu qu’un premier film pour nous envoûter et nous malmener. « La Loi De Téhéran » a ainsi porté Saeed Roustaee vers une nouvelle consécration de prestige, dans la compétition officielle cannoise de cette année. Le cinéma iranien est de plus en plus mis en valeur, notamment après le récent succès de « Le Diable N’existe Pas » et « Un Héros ». Alors que la censure frappe aux portes de « Holy Spider » (Les Nuits de Mashhad) et ce dernier essai, particulièrement littéraire, la volonté de brasser l’authenticité d’une culture internationale ne fait que se renforcer. Cette tragédie familiale nous fait donc l’honneur de nourrir le portrait d’un pays qui se déchire de toute part, à commencer par un foyer, où les patriarches nous font adhérer à une expérience qu’on ne peut refuser.

Le bouleversant récit de « Leila’s Brothers » (Leila et ses frères) nous remet ainsi un second coup de poing où on ne l’attend pas, dans les sentiments, d’une famille qui masque la sincérité avec des apparences ou des fantasmes. Une vie honnête ne paie pas, mais qu’en est-il de l’unité, de la fraternité ? Tout le monde aura son morceau de culpabilité et de responsabilité à ronger, dans cette histoire de famille. Les figures masculines s’effondrent, avec un temps considérable, mais pas déraisonnable, afin que l’on puisse catapulter l’idée d’une relation manquée entre les personnages et leur environnement, qui les conditionne au naufrage et par défaut à l’incarcération à domicile.
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4 commentaires

  1. Pas vu « Leila » mais c’est un de mes grands regrets, surtout depuis que je sais que l’actrice a été emprisonnée par le régime. Sinon, de bien bons films qui rejoignent ceux que j’ai appréciés cette année (« EO », « Licorice Pizza », « Armagedon time », etc…) et je retrouve les deux grosses claques de cet été (« La nuit du 12 » et « As Bestas »). J’ai du boulot de rattrapage.
    Très bon réveillon, et sans doute à l’année prochaine.

    • Le cinéma iranien m’intéresse énormément depuis 2-3 ans et ‘Leila’ reste son ambassadeur le plus fort cette année selon moi. Ce qui arrive au pays et à l’actrice est tragique bien sûr.
      On a eu de belles surprises c’est certain, même tout récemment. Je te souhaite de bons rattrapages et un très bon réveillon également. Et rendez-vous l’année prochaine pour plus de cinéma 😊

  2. Très beau classement ! « Leila et ses frères » est un très beau film. Il manque pour moi « R.M.N » qui m’a vraiment bluffé. « Flee » m’a aussi beaucoup marqué.

    • ‘RMN’ a également sa place ici, mais l’année était tellement généreuse que j’ai dû laisser passer des surprises comme ‘L’innocent’, ‘Compétition Officielle’, ‘Godland’ et ‘Flee’.

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